L'histoire des mots est souvent bien étonnante. On croirait
bien, n'est-ce pas, que nos trois verbes sont des dérivés de l'adjectif mince ? Détrompez-vous, il n'en est rien. C'est, bien au contraire,
l'adjectif mince qui est issu, à la fin du XIVe siècle,
d'un verbe. Il a disparu peu après lui avoir donné naissance :
c’était le verbe mincier, qui, au XIIIe siècle, signifiait,
dans le lexique des cuisiniers, "couper en petits morceaux". Il subsiste
régionalement, avec ce sens, sous la forme mincer. La forme préfixée émincer est fréquente dans l’usage culinaire, avec le sens
un peu plus précis de "couper en fines lamelles". Le résultat
de l’opération ? Un délicieux émincé de
veau, par exemple.
Le défunt verbe minc(i)er représentait
en français le verbe du latin tardif minutiare, dont on retrouve
d'autres restes dans l'adjectif (et le nom) menu (encore des histoires
de cuisine !) et dans le nom du menuisier, qui, lui aussi, amincit
les planches en les rendant plus menues.
Amincir est lui aussi fort ancien, mais
ne se répand qu'au XVIIIe siècle. Il est en général
transitif : les corsets X amincissent votre taille, pouvait-on lire
chaque mois dans L'Illustration, avant la première guerre mondiale
et même avant la seconde.
Mincir est le plus récent des
trois. Il s'emploie de façon intransitive : "vous voulez mincir ?
Mangez un peu moins". Tel est le conseil de sagesse que l'on devrait
entendre, au lieu de publicités pour d'infâmes produits …amincissants.
mincir, amincir : deuxième groupe