Qui se souvient encore de cette vieille plaisanterie ? En
forme de contrepèterie pas tout à fait parfaite, elle jouait
sur la prudente formule " dans le doute, abstiens-toi ". Mais
le Doubs, direz-vous, que venait-il faire ? C'était le département
où se fabriquait l'absinthe, alcool de couleur verte où était
dissoute l'essence de la plante aromatique du même nom. Alcool parti-culièrement
néfaste, tant par son degré que par ses composants. Alfred
Jarry et plusieurs de ses contemporains en faisaient un usage - et, souvent,
un éloge - fort peu modérés.
Le verbe absinther - formé de façon transparente
sur le nom de l'alcool - s'est assez couramment utilisé à
la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le plus souvent
de façon pronominale, avec le sens de " s'abreuver d'absinthe
" : on le trouve chez Courteline, Léon Daudet et beaucoup d'autres
auteurs de " la belle époque ". Las ! Survint, en 1915,
une loi qui interdit la fabrication de l'absinthe, jugée particulièrement
dangereuse pour la santé. Du coup, le verbe (s')absinther
sort de l'usage, comme il arrive nécessairement quand disparaît
l'objet auquel le mot réfère.
Mais voyez les retours inattendus de l'histoire : la fabrication
de l'absinthe - une absinthe d'une nocivité réduite, et devenue
incolore - est, depuis peu, de nouveau autorisée. Il conviendra d'observer
si le verbe absinther renaît de ses cendres. Il faudrait pour
cela que l'usage de l'absinthe reprenne l'importance qu'il avait jadis.
absinther : premier groupe