Je vous l'avais laissé prévoir
il y a quelques semaines : je reviens sur le verbe faire. Son
sens est si extensif qu'il en vient parfois à concurrencer le verbe être. En voici deux exemples, tout différents. La table
de multiplication que nous avons tous apprise à l'école primaire
utilise notre verbe faire pour marquer l'égalité entre
les deux termes de ses formules : deux et deux font quatre est l'équivalent dans la langue quotidienne de l'équation
arithmétique 2 x 2 = 4. Mais relisez Dom Juan.
Vous y verrez que ce "grand seigneur méchant homme" — au fait, est-il
vraiment si méchant ? — a pour seul article de foi la table
de multiplication : "je crois que deux et deux sont quatre,
Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit". Rien de changé,
bien sûr, quant au sens de la formule. Mais le verbe être a cédé la place à faire.
Mon second exemple ? Demandez donc
à un adolescent quel métier il envisage dans l'avenir. Il
vous répondra, à coup sûr : "Euh, ch'sais pas trop,
mais ptêtre que j'aimerais bien faire prof, à cause
des vacances et de la retraite". Faire prof, ou footballeur, ou "banquier
suisse" (comme j'ai entendu, littéralement, à la radio, il
y a peu) : le verbe faire est aujourd'hui le seul qu'emploient
les adolescents dans ce type de phrase. Il me semble bien qu'en mon temps
je disais : "Je veux être… grammairien".
faire, être : troisième groupe