Un drôle
de verbe, ce revisiter. Le tome 14 du Trésor de la langue française,
qui date de 1990, ne le connaît pas. Non plus d’ailleurs que le tome 16,
qui, en 1994, aurait pu lui donner une petite place comme dérivé de visiter. Revisiter brille aussi par son absence dans tous
les dictionnaires qui tapissent les murs de mon bureau… ce qui ne signifie naturellement
pas qu’il est absent de tous les dictionnaires.
Revisiter
— emprunté à l’anglais revisit — connaît aujourd’hui
une extension considérable. Ainsi Le Monde, dans son numéro
spécial du 14 décembre 2001, "revisite la crise internationale
ouverte par les attentats du 11 septembre". Entendons qu’il les soumet
à un nouvel examen. Comme les journalistes, les universitaires de tout
poil passent leur temps à revisiter à tour de bras Ferdinand
de Saussure ou Auguste Comte, l’astrologie chinoise ou la poétique médiévale,
etc. (j’ai mes fiches). Plus curieux : le mot échappe à ce
registre savant (ou simplement pédant ?) et passe dans l’usage oral,
il est vrai avec une touche parodique. Ainsi une jeune personne, le 13 décembre
2001, dans une émission télévisée de divertissement,
émettait le souhait de "revisiter la lingerie". Elle envisageait
même de "revisiter son string en béret" :
singulière extension de sens, qui confère à revisiter
la valeur de "reconvertir".
revisiter : premier groupe