Oui, comme moi, vous l’avez tous entendue, cette
formule, précisément sous la forme suivante : "Pourquoi est-il si nécessaire
de se faire dépister ? " Essayez donc d’oublier le sens que le contexte
prêtait à cette phrase, constamment répétée sur France-Inter en septembre et
octobre 2001. Ainsi isolée, elle prend, avouez-le, un sens assez menaçant :
vous êtes transformé en gibier, et invité à vous faire dépister, comme
un cerf ou un sanglier. Par quel chasseur ? Dieu seul le sait. Bon !
Vous savez comme moi que le chasseur est assez innocent : ce qu’il cherche à dépister, ce n’est pas vraiment un gibier, c’est la trace d’une maladie,
l’hépatite B. C’est elle qu’il faut dépister, et c’est par "métonymie"
qu’on peut vous conseiller de "vous faire dépister".
Très bizarre, à vrai dire, ce verbe dépister.
Car il peut, comme ici, avoir pour sens la recherche et la découverte du gibier.
Mais inversement le gibier peut dépister le chasseur, c’est-à-dire lui
faire perdre sa piste: ainsi Goupil, le renard, s’arrange, dans un roman du
bon Louis Pergaud, pour "dépister les chiens". Vous voyez le problème : dépister a alternativement deux sens pleinement opposés. Alors ?
Un seul verbe, avec deux sens contraires ? Ou deux verbes, à la fois homonymes
et antonymes ? Les linguistes s’interrogent…
dépister : premier groupe