Qui viendra contredire cette belle formule ? Personne, je pense.
Et pourtant, elle est très bizarre. Car elle indique clairement que c'est la
même situation qui est désignée par le verbe risquer dans ses deux
emplois successifs. Et pourtant il a pour compléments d'abord le nom vie,
ensuite le nom mort : rien de plus contraire, n'est-ce pas, que la vie
et la mort ? Alors, comment se fait-il que le même verbe muni de
deux compléments de sens absolument contraire puisse décrire la même situation,
celle de quelqu'un qui expose sa vie à un danger... mortel?
La solution est à chercher dans le sens du verbe risquer.
Il signifie à la fois l'attitude qu'on a à l'égard de ce qu'on s'expose
à perdre et celle qu'on a à l'égard du danger qu'on court. Avec risquer,
en somme, on est sur le fil du rasoir : d'un côté la vie, qu'on a, comme le
marque le possessif sa, mais qu'on s'expose à perdre, de l'autre la mort,
qu'on n'a pas, mais qu'on court le danger d'atteindre.
risquer : premier groupe