Vous ne l'utilisez sans doute pas très
souvent, cette bonne vieille formule. Mais vous en connaissez le sens global :
c'est une marque d'indifférence à l'égard de ce dont on
parle : ainsi Pierre Chevènement, interrogé sur le candidat
qu’il affrontera au second tour des élections présidentielles,
répond froidement – c’est le cas de le dire : " peu m’en
chaut " (Le Monde, 9 février 2002).
Tout est compliqué dans cette locution
très archaïque, véritable fossile linguistique, qui obéit
à des règles de grammaire abolies. D'abord, la forme chaut. C'est aujourd'hui le seul reste, après tout pas très irrégulier
(comparez avec valoir/vaut), de la conjugaison du verbe chaloir,
devenu depuis bien longtemps défectif. Défectif, il ne l'a pas
toujours été aussi fortement : il a eu un participe présent,
que vous utilisez encore sans le savoir, dans le nom chaland — non, pas
celui qui passe : celui qui fait des achats — et surtout dans l'adjectif nonchalant. C'est qu'il ne s'inquiète de rien, le nonchalant :
peu lui en chaut.
Quant à la syntaxe de l'expression, elle
est encore plus bizarre. Peu n'est pas le sujet du verbe, mais l'adverbe
qui en précise le sens. Le pronom en représente l'objet
qui vous laisse… froid, si j'ose dire. Le sujet ? Il n'est pas exprimé,
comme il était possible, dans la langue médiévale, pour
les verbes impersonnels. Nous en gardons quelques autres traces, par exemple
dans peu importe, dont l'alternance possible avec il importe
peu révèle la véritable construction.
chaloir : troisième groupe