Un bel exemple de ces nombreux euphémismes
dont le lexique de l'économie regorge en cette période de mondialisation.
Le profane comprend bien qu'il s'agit de faire passer quelque chose à
l'extérieur. Mais quoi ? Et où ? Un article du Monde
— j' en ai égaré la date — nous le dit, avec une belle candeur : externaliser, c'est " faire passer à l'étranger
— dans un pays sous-développé — la fabrication des objets commercialisés
par une entreprise ".
Les objectifs économiques de l'opération
sont assez sordides : il s'agit de faire fabriquer des objets à
bas prix dans un pays sous-développé, où les salaires sont
bas et les charges sociales inexistantes. Ils seront ensuite rapatriés
dans le pays de l'entreprise, où ils seront vendus de façon particulièrement
" concurrentielle ". Mais naturellement il ne faut pas que
le verbe employé pour cette opération en dévoile les dessous.
D'où la création de notre verbe externaliser, qui ne se
réfère qu'aux aspects superficiels de la manœuvre. C'est en cela
précisément que réside ici l'intention euphémisante.
Dans mon indignation, j'oubliais de signaler
les données morphologiques. Pour former un verbe sur l'adjectif externe,
on avait le choix entre externer (qui a existé : les internes
des collèges d'autrefois étaient parfois externés :
mis en pension chez des particuliers), externiser, et externaliser,
où le suffixe est bien -aliser, puisque l'adjectif external n'existe pas. C'est le dernier, plus technique d'aspect qui a été choisi.
externaliser : premier groupe