Elle en était vraiment frappée
de stupeur, la jeune avocate : les deux époux qui la consultaient
étaient visiblement très amoureux l'un de l'autre, bien sûr.
Entre deux baisers, ils exigeaient cependant de… divorcer, pour d'obscures
et sordides raisons fiscales. Et ils entraient déjà avec allégresse
dans le maquis de la procédure.
La scène, sans doute, était un
peu truquée : les deux amoureux divorceurs étaient des comédiens,
qui savaient qu'une caméra cachée filmait leur fausse consultation.
Mais l'avocate, elle, ne le savait pas, et c'est en en toute candeur que, dans
son étonnement, elle laissa échapper la phrase qui tient lieu
de titre à notre verbe de la semaine : " C'est la première
fois que je divorce des gens qui s'aiment ". Cela se passait
dans une émission de divertissement, le 27 septembre 2001, sur FR
2, à 19 h 15… Voilà ce que c'est que l'érudition…
La spécificité de cet emploi professionnel
du verbe divorcer saute aux yeux, n'est-ce pas ? Il est utilisé
de façon à la fois transitive et factitive. Transitive,
parce qu'il a un complément d'objet, en contradiction absolue avec les
indications des dictionnaires : on divorce, tout court. Factitive,
parce qu'il signifie visiblement " faire divorcer ".
Le cas de cette double transformation n'est
pas isolé. Je l'ai déjà rencontré, avec vous, pour
le verbe courir : " je cours ce cheval ",
dans la bouche d'un entraîneur, c'était évidemment " je fais courir ce cheval ". Nous le rencontrerons sûrement
pour d'autres verbes.
divorcer : premier groupe