Eh oui,
il y en a bien quatre, tout à fait distincts, même si deux d'entre
eux sont historiquement apparentés. Dénombrons-les. Il y a d'abord
le très ancien — il remonte au XIe siècle ! — vanner,
"secouer le grain sur un van pour le nettoyer". Cela ne se fait plus guère,
et par la force des choses le mot sort de l'usage en même temps que le
geste qu'il désignait. Mais ce premier vanner, par son emploi
figuré, nous en a légué un second : vanner avec
le sens de "fatiguer". Celui-ci résiste assez bien, quoique surtout sous
la forme du participe passé : "je suis vanné". Le
troisième vanner est moins ancien que le premier. Il désigne
l'action de munir un cours d'eau de vannes. La technique n'est plus guère
pratiquée, et le verbe, attesté en 1694 dans le Dictionnaire
des arts et des sciences du bon Thomas Corneille, sort de notre usage actif,
même si nous continuons, vaille que vaille, à le comprendre quand
nous le rencontrons dans des textes anciens.
Le dernier
vanner est le plus vivant des quatre. Vanner un copain, c'est
lui adresser des plaisanteries souvent un peu agressives et déplaisantes.
Le verbe, originellement argotique, est passé dans l'usage familier.
Il est beaucoup plus récent que ses trois homonymes : on le rencontre
pour la première fois en 1874, et il est emprunté au provençal vanar, qui signifie "tromper". Le nom de la vanne semble bien être dérivé de ce quatrième vanner. Il est
en tout cas un peu plus récent que lui.
vanner : premier groupe