A première
vue, ils se ressemblent, ces deux verbes : c'est qu'ils ont en commun
le préfixe dé-. Mais qu'on y prenne garde : leur
formation est différente. Désinventer — qui est un
néologisme — a été formé sur le verbe inventer.
Son "inventeur" — si j'ose dire — est François Fillon, dans Le
Monde du 7 septembre 1995. Il lui donne le sens que fait attendre sa
formation : en remarquant "qu'on ne désinventera pas
la bombe", il veut dire qu'il est impossible d'annuler l'invention de l'arme
nucléaire. Dégraisser, lui, n'est pas formé sur le verbe graisser, mais sur le nom graisse. Vous n'êtes
pas convaincu ? Vous avez tort : dégraisser est
employé depuis le XIIIe siècle, graisser n'apparaît
que deux bons siècles plus tard. Le premier n'a donc pas pu être
formé sur le second.
Conformément
à sa formation, dégraisser est à l'origine un
mot de cuisinier : il s'agit d'enlever la graisse d'une viande ou d'un
bouillon. C'est plus tard, bien plus tard que le mot a pris d'autres compléments,
et nécessairement un autre sens : "dégraisser une entreprise",
c'est la débarrasser des personnels qui l'alourdissent. Un allègre
ministre s'est rendu célèbre — et a couru à sa perte
— en envisageant de "dégraisser le mammouth". Méfiez-vous
des verbes en dé-, dans la vie comme dans la langue :
ils réservent des surprises, comme dérembourser, dont
je vous ai parlé naguère.
dégraisser, désinventer : premier groupe