Singulier destin que celui de ce verbe bassiner.
Ou plutôt de ces verbes bassiner. Car il y en a sans doute plusieurs,
même si, par leur histoire, ils sont proches parents.
Dans la phrase qui nous sert de titre cette
semaine, bassiner a le sens d'" importuner, ennuyer ",
par exemple par des récriminations ou des questions indiscrètes.
Même s’il commence peut-être à prendre une allure légèrement
désuète, menacé qu’il est par des équivalents plus
énergiques, cet emploi du verbe est le seul qui reste vivace aujourd’hui.
Car il y en a eu d’autres. Un premier bassiner
était dérivé de bassin (ou de bassine ?
Allez savoir !). Il avait le sens de " nettoyer le corps en l’humectant ".
Il a totalement disparu. Un autre sens de bassiner (ou un autre verbe
bassiner ? Allez savoir !) est en relation avec la bassinoire,
cet instrument empli de braises qu’on promenait dans les lits pour les réchauffer.
On ne bassine plus guère, en ce sens. Le verbe, encore compris
dans les textes anciens où on le rencontre, est sorti de l’usage actif :
c’est mauvais signe pour son avenir…
Et notre moderne bassiner, d’où
nous vient-il ? Sans doute d’un troisième bassiner. C’était
la petite persécution qu’on infligeait, dans certaines provinces, à
de jeunes (ou de vieux) mariés en tapant devant leur porte sur des instruments
de cuisine, bassins ou bassines. On comprend que les malheureux
tourtereaux se soient plaints d’être… bassinés.
bassiner : premier groupe