Vous utilisez vraiment le verbe barguigner,
vous ? Je veux dire : vous le conjuguez ? Vous l’avez déjà
employé à la première personne du pluriel du futur, nous
barguignerons ? Non, bien sûr : barguigner est de
ces verbes qui ne s’utilisent plus qu’à une seule forme. Pour lui, c’est
l’infinitif. Et encore, seulement quand il est précédé
de la préposition sans. Avec elle il constitue une locution à
valeur adverbiale. On l’emploie avec le sens de " sans hésiter ",
et parfois même de " rapidement ".
Barguigner est d’étymologie controversée :
je vous en fais grâce. Il n’a pas été de tout temps réduit
à la portion congrue qui lui est réservée aujourd’hui.
Au moyen âge, il signifiait " marchander ", se conjuguait
à plusieurs formes et donnait même lieu à divers dérivés
nominaux : barguigneur, barguignage, barguignade, et même le déverbal bargaigne, oui, sous cette forme, plus ancienne.
Le marchandage, c’est long, ça suppose des allers-retours, des hésitations : barguigner a donc pris le sens d'" hésiter ".
Pourquoi est-il pratiquement sorti de l’usage ?
Question toujours très difficile. La double concurrence de marchander,
plus transparent — le verbe dit bien ce qu’il signifie — et d’hésiter — plus récent et propice à la suffixation savante d’hésitation — ont sans doute joué un rôle dans sa quasi-disparition. Petite
compensation : sans barguigner ne semble pas gravement menacé,
dans le registre à la fois savant et plaisant qui est le sien.
barguigner : premier groupe